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Propositions de révision de MiCA en France : ce que l'AMF, l'ACPR, la Banque de France et le Trésor veulent changer

CryptaCount Editorial · · 7 min de lecture
STRUCTURE DE MARCHÉ Propositions de révision de MiCA en France : ceque l'AMF, l'ACPR, la Banque de France et leTrésor veulent changer

Le 21 octobre 2026, les quatre principales autorités financières françaises, l'Autorité des marchés financiers (AMF), l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), la Banque de France et la Direction générale du Trésor, ont publié une réponse conjointe à la consultation de la Commission européenne sur la révision du règlement sur les marchés de crypto-actifs. Le document expose une position française cohérente sur les points où MiCA doit être affiné, et il aborde des sujets qui concernent directement les responsables de la conformité, les directeurs financiers, les équipes d'audit et toute personne gérant les obligations de conformité MiCA pour une entreprise tournée vers l'UE. Les propositions ne sont pas encore des textes de loi, mais avec un score de pertinence de 92, elles constituent un signal clair de la direction que prend le corpus réglementaire européen.

Propositions de révision de MiCA en France : ce que l'AMF, l'ACPR, la Banque de France et le Trésor veulent changer

Pourquoi la France plaide pour une révision de MiCA dès maintenant

MiCA est pleinement applicable depuis la fin 2024, mais le règlement a été rédigé avant que le marché ne mûrisse et avant que les cas limites ne deviennent évidents. Les autorités françaises ne demandent pas l'abandon de MiCA. Leur thèse centrale est que la finance crypto et la finance traditionnelle convergent rapidement, et que cette convergence exige une meilleure articulation entre les deux régimes juridiques plutôt que leur fusion.

Le principe « même activité, même risque, même règle », appliqué avec prudence

Le document conjoint défend une ligne claire : si un instrument est un instrument financier au sens du droit boursier existant, il doit rester pleinement régi par le droit boursier, que son émission ou sa négociation se fasse ou non sur une blockchain. La technologie est sans incidence sur la qualification juridique. La même logique s'applique aux instruments de paiement. Il s'agit d'un rejet délibéré de l'arbitrage réglementaire, par lequel un émetteur pourrait revendiquer le régime MiCA pour échapper aux exigences plus lourdes de conduite et de capital qui s'appliquent au titre de MiFID II ou de la directive sur les services de paiement.

Pour les équipes comptables et juridiques, l'implication pratique est simple : la tokenisation d'un actif ne change ni sa classification comptable ni son traitement réglementaire. Une obligation tokenisée reste une obligation. Un dépôt tokenisé reste un dépôt. Les entreprises qui ont traité des versions enveloppées ou tokenisées d'instruments réglementés comme si MiCA s'appliquait devraient réexaminer ces positions.

Comptabilité des stablecoins et problème de l'émission multiple

La section la plus techniquement précise des propositions françaises traite de ce que les autorités appellent l'« émission multiple » (multi-issuance) de jetons de monnaie électronique (EMT). Cela désigne la pratique consistant à émettre des jetons fongibles simultanément dans l'UE sous MiCA et dans des juridictions tierces sous les règles locales applicables, ou sans aucune règle.

Ce que les autorités françaises proposent pour les EMT transfrontaliers

Les autorités souhaitent un cadre formel articulé autour de trois piliers. Premièrement, des évaluations d'équivalence : la Commission évaluerait si le régime des stablecoins d'un pays tiers offre un niveau de protection véritablement comparable. Deuxièmement, des accords de coopération en matière de supervision entre les autorités de l'UE et leurs homologues de ces pays tiers. Troisièmement, des garanties supplémentaires sur la qualité des réserves et les droits de remboursement pour les jetons qui circulent entre juridictions.

Pour les équipes chargées de la comptabilité des stablecoins, cela compte parce que les obligations de réserve et de remboursement attachées à un jeton multi-émis peuvent différer selon la tranche comptabilisée et selon le régime applicable. Les entreprises qui détiennent ou traitent déjà des EMT tels que l'USDC devraient suivre cela de près : la désignation par l'ABE de l'USDC comme premier jeton de monnaie électronique significatif de l'UE a déjà imposé des obligations renforcées aux émetteurs et aux prestataires de services, et le cadre français d'émission multiple ajouterait une couche supplémentaire de conditions transfrontalières à cette désignation.

L'interdiction de servir des jetons non conformes

Les autorités françaises proposent également que les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) agréés dans l'UE se voient explicitement interdire d'offrir des services sur des jetons qui ne respectent pas les exigences de MiCA. Cela codifierait ce que de nombreuses équipes de conformité considèrent déjà comme une bonne pratique, mais en ferait une interdiction contraignante. Tout CASP qui référence ou conserve actuellement des jetons dont l'émetteur n'a pas obtenu l'autorisation EMT ou ART pertinente devrait considérer cette proposition comme une lacune de conformité à combler avant le prochain cycle de révision.

Souveraineté monétaire et rôle des CBDC

Un fil conducteur traverse tout le document : la souveraineté monétaire de l'euro. Les autorités françaises sont explicites : elles veulent accélérer l'usage des EMT libellés en euros et des dépôts bancaires tokenisés, en particulier pour les paiements transfrontaliers avec des pays tiers et, plus largement, pour la finance tokenisée.

La CBDC de gros comme actif de règlement d'ancrage

Point crucial, le document prend soin de préciser que rien de tout cela ne se fait au détriment de la monnaie de banque centrale. L'infrastructure Pontes de la Banque centrale européenne pour la monnaie numérique de banque centrale (CBDC) de gros est déjà opérationnelle, et le projet d'euro numérique de détail est en cours. La position française est que les EMT de banques commerciales et les dépôts tokenisés sont des compléments, et non des substituts, de la CBDC de gros. Pour les transactions financières portant sur des actifs tokenisés, la monnaie de banque centrale reste l'actif de règlement privilégié car elle ne comporte aucun risque de crédit.

Pour les entreprises qui construisent des infrastructures de règlement ou conseillent leurs clients sur le choix d'un logiciel de comptabilité des actifs numériques, cette hiérarchie compte. Le traitement du capital réglementaire, la finalité du règlement et l'analyse du risque de contrepartie diffèrent selon que la jambe de règlement utilise une CBDC, un EMT réglementé ou un stablecoin non réglementé. Les propositions françaises renforcent une préférence claire pour les deux premiers.

Renforcement de la supervision de l'ESMA sur les CASP significatifs et les crypto-conglomérats

Sur la supervision, les autorités françaises proposent d'élargir le périmètre de supervision directe de l'Autorité européenne des marchés financiers. Actuellement, l'ESMA exerce des fonctions de coordination et de normalisation au titre de MiCA, mais la supervision quotidienne incombe aux autorités nationales compétentes. La position française est que les CASP significatifs, par leur taille, leur portée transfrontalière ou leur empreinte systémique, devraient relever de la supervision directe de l'ESMA, tout comme les crypto-conglomérats pour leurs activités liées aux crypto-actifs.

Calibrage prudentiel et répression des prestataires non agréés

Le document conjoint appelle également à calibrer les exigences prudentielles sur le risque réel plutôt qu'à appliquer des coussins de capital uniformes à toutes les catégories de CASP. Parallèlement, les autorités souhaitent une répression coordonnée à l'échelle de l'UE contre les prestataires non agréés opérant vers l'UE depuis l'extérieur, qu'elles considèrent comme une lacune importante en matière de protection des investisseurs. Pour les équipes de conformité et d'audit qui conseillent les entreprises sur leurs programmes de conformité MiCA, les deux propositions sont pertinentes : des règles prudentielles plus proportionnées pourraient réduire les coûts de conformité des CASP plus petits ou à moindre risque, tandis qu'une répression plus stricte des concurrents non agréés rétablit l'égalité des conditions de concurrence.

DeFi : un cadre réglementé, pas une exemption

Les autorités françaises adoptent une position claire sur la finance décentralisée : elles veulent l'intégrer dans un cadre réglementaire proportionné plutôt que de la laisser dans une zone d'ambiguïté. Cela correspond à ce que les équipes de conformité anticipaient compte tenu du débat européen plus large, et cela se relie directement à la question de la comptabilité DeFi, puisque les obligations de classification et de reporting dépendent de la question de savoir si un protocole ou ses déployeurs sont traités comme des entités réglementées.

Ce que le cadre DeFi exigerait

Les propositions définissent trois éléments pour un cadre DeFi. Les intermédiaires doivent avoir des responsabilités clairement attribuées, afin qu'il existe toujours une personne morale identifiable responsable devant les régulateurs et les utilisateurs. Les obligations de diligence raisonnable doivent être adaptées au contexte décentralisé, en acceptant que le modèle CASP traditionnel ne se transpose pas proprement aux protocoles automatisés. Enfin, les protocoles eux-mêmes devraient être soumis à un processus de certification ou de conformité, offrant aux utilisateurs un certain degré d'assurance sur le code avec lequel ils interagissent.

Pour les équipes comptables et d'audit, l'attribution de la responsabilité à des intermédiaires identifiables est l'élément le plus lourd de conséquences. Si un déployeur DeFi ou un opérateur de front-end est traité comme une entité réglementée, cela crée une piste d'audit, une contrepartie et potentiellement une question de consolidation. Les équipes qui travaillent sur la convergence entre DeFi et finance traditionnelle dans l'UE reconnaîtront que cette orientation réglementaire exige un logiciel de comptabilité des actifs numériques capable de rattacher l'activité on-chain à des entités juridiques identifiées.

Staking, prêts et emprunts : des clarifications à venir

Le document distingue le staking, défini comme l'immobilisation de crypto-actifs en échange d'un rendement, ainsi que les prêts et emprunts de crypto-actifs, comme des domaines nécessitant une clarification réglementaire spécifique dans le cadre révisé de MiCA. Ces activités se trouvent aujourd'hui dans une zone grise : elles sont économiquement significatives, elles comportent des risques distincts pour les participants, et leur traitement comptable varie selon que l'accord est classé comme dépôt, mise en pension, contrat de service ou tout autre chose. Une définition réglementaire plus claire ancrera la classification comptable, ce qui explique pourquoi cette proposition est particulièrement pertinente pour les entreprises qui détiennent des positions stakées pour le compte de clients ou qui exercent le prêt de crypto-actifs comme activité de trésorerie.

Implications pour les équipes de conformité et les directeurs financiers

Il s'agit de propositions, et non de règles définitives, et elles doivent encore suivre le processus législatif de l'UE. Mais la position française, soutenue par quatre autorités de premier plan, pèse lourd dans les délibérations de la Commission. Les responsables de la conformité et les directeurs financiers des entreprises exposées à l'UE devraient prendre dès maintenant plusieurs mesures pratiques plutôt que d'attendre les amendements formels.

Actions à engager avant l'amendement formel

Premièrement, auditez vos relations avec les CASP. L'interdiction proposée de servir des jetons non conformes à MiCA signifie que tout arrangement de conservation, de négociation ou de règlement impliquant des jetons d'émetteurs non agréés comporte un risque réglementaire élevé. Deuxièmement, révisez votre documentation sur les réserves des EMT et des stablecoins. Si le cadre d'équivalence pour l'émission multiple est adopté, attendez-vous à ce que les superviseurs posent des questions sur la qualité des réserves et les conditions de remboursement des jetons transfrontaliers. Troisièmement, cartographiez vos expositions DeFi. Même si les règles formelles sur la DeFi sont encore en cours d'élaboration, l'accent mis par la proposition française sur la responsabilité d'intermédiaires identifiables suggère que les superviseurs chercheront une entité responsable derrière chaque position DeFi significative. Quatrièmement, suivez la discussion sur l'élargissement du rôle de l'ESMA. Si la supervision directe par l'ESMA des CASP significatifs devient loi, la relation de supervision et la cadence de reporting changeront, et les entreprises doivent s'y préparer.

L'orientation générale est claire : MiCA ne disparaît pas, elle se précise. Les entreprises qui construisent dès maintenant des programmes de conformité MiCA solides, couvrant la comptabilité des stablecoins, la cartographie des expositions DeFi et la diligence raisonnable des CASP, seront mieux positionnées lorsque le cadre révisé entrera en vigueur.

Propositions de révision de MiCA en France : ce que l'AMF, l'ACPR, la Banque de France et le Trésor veulent changer

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la proposition conjointe française de révision de MiCA ?

C'est une réponse coordonnée de l'AMF, de l'ACPR, de la Banque de France et du Trésor (Direction générale du Trésor) à la consultation de la Commission européenne sur la révision de MiCA, publiée le 21 octobre 2026. Elle expose les modifications que la France privilégie pour le règlement en matière de stablecoins, de DeFi, de CBDC, de supervision et d'équivalence transfrontalière.

Cela modifie-t-il mes obligations actuelles de conformité à MiCA ?

Pas encore. Les propositions ne sont pas des textes de loi. Elles s'inscrivent dans le processus de consultation de la Commission et nécessiteraient un amendement législatif formel de MiCA avant de devenir contraignantes. Toutefois, elles signalent les priorités de supervision, et les autorités nationales compétentes peuvent appliquer plus strictement les règles existantes dans les domaines mis en avant par les propositions.

Que signifie l'« émission multiple » pour la comptabilité des stablecoins ?

L'émission multiple désigne le fait, pour un émetteur d'EMT, de distribuer des jetons fongibles à la fois dans l'UE sous MiCA et dans des pays tiers sous des règles différentes ou inexistantes. La proposition française exigerait des évaluations d'équivalence et des garanties de réserve supplémentaires pour ces jetons. Aux fins de la comptabilité, les entreprises doivent distinguer quelle tranche d'un jeton multi-émis est soumise à quelles obligations de réserve et de remboursement lors de l'évaluation ou de la présentation des participations.

Comment le cadre DeFi proposé affecterait-il mon entreprise ?

S'il est adopté, le cadre exigerait que des intermédiaires identifiables, tels que les déployeurs de protocoles ou les opérateurs de front-end, portent des responsabilités réglementaires. Les entreprises qui interagissent avec des protocoles DeFi, que ce soit comme fournisseurs de liquidité, gestionnaires de trésorerie ou prestataires de services, pourraient constater que leurs contreparties deviennent des entités réglementées, ce qui modifierait la classification comptable, la pondération des risques et les obligations de publication pour ces positions.

Pourquoi les autorités françaises veulent-elles que l'ESMA dispose de pouvoirs de supervision directs sur les CASP significatifs ?

La justification est la protection des investisseurs et la cohérence transfrontalière. Les CASP significatifs opèrent dans plusieurs États membres de l'UE, et la supervision nationale peut créer des lacunes ou des incohérences. Une supervision directe par l'ESMA, inspirée de son rôle à l'égard des agences de notation de crédit et de certains référentiels centraux, créerait un point de contact unique de supervision pour les plus grands acteurs et permettrait une répression mieux coordonnée contre les opérateurs non agréés.

Source : Autorité des marchés financiers (AMF)

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