L'AMF sanctionne sept personnes pour manipulation de marché sur Euronext Access
Le régulateur français des marchés financiers a confirmé que sept personnes physiques et morales font face à des sanctions financières à la suite d'un montage coordonné visant à gonfler artificiellement la liquidité apparente d'actions cotées sur Euronext Access. La Cour d'appel de Paris a confirmé les sanctions contre une répondante en juin 2026, fermant une voie de recours clé et consacrant l'issue réglementaire. Pour les équipes conformité, les auditeurs et les directeurs financiers exposés aux marchés d'actions français ou européens, cette affaire illustre concrètement comment un comportement de négociation coordonné est identifié, poursuivi et finalement confirmé en appel.
Ce qu'a décidé la Commission des sanctions de l'AMF
Dans sa décision du 24 janvier 2024 (SAN-2024-02), la Commission des sanctions de l'AMF a infligé des sanctions financières à quatre parties pour manipulation de cours et à trois dirigeants de sociétés pour manquement à leurs obligations déclaratives. Les sanctions pour manipulation allaient de 400 000 € à 2 000 000 €. Celles relatives aux manquements déclaratifs allaient de 25 000 € à 100 000 €.
Les entités et personnes sanctionnées
Les sanctions pour manipulation concernaient Grantchester Equity Ltd, Miron Leshem, Dirck Van Wylick et Aude Planche. Les sanctions pour manquement déclaratif ont été appliquées aux dirigeants des trois sociétés cotées : Serge Goldner, Christian Person et Léon Lucide. Les trois sociétés dont les actions étaient au centre du montage étaient Gour Medical, Umalis Group et CIOA, toutes négociées sur Euronext Access.
Comment fonctionnait le montage de manipulation
La Commission a constaté qu'un même schéma coordonné avait été appliqué aux trois titres. Plusieurs acteurs ont œuvré de concert pour créer l'impression d'une liquidité abondante là où elle n'existait pas réellement. Ce comportement a été qualifié de manipulation de cours pour quatre motifs : fixation des prix à un niveau anormal ou artificiel ; diffusion de signaux faux ou trompeurs sur l'offre, la demande ou le prix ; utilisation de procédés fictifs ou de toute autre forme de tromperie ; et constitution d'une position dominante capable de contrôler les prix d'achat et de vente.
Grantchester Equity Ltd et son président, Leshem, ont été identifiés comme les architectes de la stratégie. Ils l'ont conçue, en ont contrôlé l'exécution et en ont retiré un bénéfice économique substantiel. Van Wylick et Planche ont été jugés avoir collaboré matériellement à l'exécution du montage, ce qui a suffi à établir le manquement de manipulation à leur encontre individuellement. Les dirigeants des sociétés — Goldner, Person et Lucide — ont séparément été reconnus coupables de ne pas avoir déclaré leurs transactions comme requis.
Les résultats en appel
Deux répondants ont contesté la décision devant la Cour d'appel de Paris. Leurs affaires ont abouti à des conclusions différentes, et le calendrier importe pour les équipes conformité qui suivent le caractère définitif des actions de l'AMF.
Aude Planche : appel rejeté
Le 11 juin 2026, la Cour d'appel de Paris a rejeté le recours de Planche contre la décision de janvier 2024. La cour a également refusé de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question de droit de l'UE, qui était l'un des moyens soulevés. La sanction à son encontre est maintenue en totalité.
Plus tôt, en juillet 2024, un juge délégué par le Premier président de la Cour d'appel de Paris avait ordonné un sursis partiel à exécution dans l'attente de l'appel. Ce sursis, excluant la publication de la décision, est désormais remplacé par le rejet de l'appel au fond par la cour.
Christian Person : désistement
Par ordonnance du 19 mars 2026, la Cour d'appel de Paris a constaté le désistement de Person de son propre appel. Une demande de sursis à exécution déposée en juillet 2024 lui avait déjà été refusée, de sorte que la sanction initiale est restée exécutoire pendant toute la durée. Son désistement signifie qu'aucune décision au fond n'a été rendue dans son affaire.
Implications en matière de conformité pour les entreprises et les conseils
Plusieurs aspects de cette affaire ont une pertinence directe pour les cabinets comptables, les auditeurs et les responsables conformité qui conseillent des clients exposés aux marchés réglementés français ou plus largement européens.
Risque de coordination et responsabilité agrégée
La Commission n'a pas exigé la preuve que chaque partie ait personnellement exécuté chaque transaction. La collaboration à un montage suffit à engager la responsabilité. Les cabinets conseillant des clients qui participent à des montages de négociation structurés, que ce soit en tant que teneurs de marché, actionnaires stratégiques ou intermédiaires, doivent être attentifs à la manière dont les régulateurs qualifient l'activité coordonnée. Les faits ici montrent que même les parties à la périphérie d'un montage peuvent être tenues pour responsables si leur implication est matérielle.
Les obligations déclaratives entraînent des sanctions réelles
Les trois dirigeants répondants dans cette affaire n'étaient pas accusés de manipulation elle-même, mais seulement de ne pas avoir déposé les déclarations de transactions requises. Pourtant, chacun a fait l'objet d'une sanction financière. Les programmes de conformité qui traitent les obligations déclaratives comme une question administrative de faible priorité sous-estiment l'exposition. Les actions de mise en conformité en Europe tiennent de plus en plus les entreprises et leurs conseils pour responsables de manquements procéduraux, et non seulement de fautes substantielles.
La confirmation en appel prolonge le cycle de vie répressif
L'arrêt de juin 2026 signifie que cette affaire a maintenant plus de deux ans depuis la décision initiale, mais elle continue de générer des actualités en matière de répression. Les équipes conformité doivent modéliser les délais de répression en conséquence. Une sanction n'est pas définitive lorsqu'elle est prononcée ; elle peut être contestée, suspendue, puis confirmée, avec des conséquences réputationnelles et opérationnelles qui persistent tout au long de la procédure. Les cas de répression transfrontaliers offrent des leçons parallèles sur la façon dont les conclusions réglementaires évoluent après la décision.
Les arguments de droit de l'UE n'ont pas prospéré
L'équipe juridique de Planche a cherché à soulever une question pour la Cour de justice de l'UE. La cour parisienne a refusé. Cela importe car cela confirme que le cadre domestique de l'AMF pour la manipulation de cours, appliqué ici aux titres d'Euronext Access, est suffisamment robuste pour résister aux contestations formulées en termes de droit de l'UE. Les conseils ne doivent pas supposer que les arguments de niveau européen fourniront une voie de sortie fiable face à une action de l'AMF.
À propos de la Commission des sanctions de l'AMF
La Commission des sanctions de l'AMF exerce ses pouvoirs en toute indépendance décisionnelle. Elle peut sanctionner toute personne ou entité dont le comportement enfreint les lois et règlements relevant de la compétence de l'AMF. Elle approuve également les transactions conclues entre le secrétaire général de l'AMF et les répondants, et elle utilise ses décisions publiées pour clarifier le cadre réglementaire pour les acteurs du marché.
Quels titres étaient au centre de la manipulation ?
Les actions de Gour Medical, Umalis Group et CIOA, toutes cotées sur Euronext Access, ont fait l'objet du montage de manipulation coordonnée identifié par la Commission des sanctions de l'AMF.
Quels niveaux de pénalités l'AMF a-t-elle imposés ?
Les quatre parties reconnues responsables de manipulation de marché ont reçu des sanctions financières comprises entre 400 000 € et 2 000 000 €. Les trois dirigeants sanctionnés pour manquements déclaratifs ont reçu des pénalités comprises entre 25 000 € et 100 000 €.
Qu'a décidé la Cour d'appel de Paris ?
Le 11 juin 2026, la cour a rejeté le recours d'Aude Planche et a refusé de saisir la Cour de justice d'une question de droit de l'UE. Christian Person s'était séparément désisté de son appel, ce qui a été constaté par la cour le 19 mars 2026.
Un dirigeant peut-il être sanctionné même sans avoir personnellement négocié ?
Oui. Les trois dirigeants de sociétés dans cette affaire ont été sanctionnés non pas pour manipulation mais pour ne pas avoir rempli leurs obligations déclaratives de transactions. L'AMF traite les manquements déclaratifs comme une catégorie distincte et séparément punissable de manquement.
Un argument de droit de l'UE offre-t-il une protection contre les sanctions de l'AMF ?
Sur la base de cette affaire, pas automatiquement. La Cour d'appel de Paris a refusé de renvoyer la question de droit de l'UE de Planche à la Cour de justice de l'Union européenne, ce qui signifie que le cadre juridique domestique de l'AMF a été appliqué et maintenu sans nécessiter de clarification au niveau de l'UE.
